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Pour comprendre · Retraite ·

De Madelin au PER : pourquoi l’État encourage‑t‑il l’épargne retraite ?

« Ouvre un PER, c’est déductible. » Derrière le réflexe, un vrai choix : préparer soi-même la part de retraite que le régime légal ne couvrira pas, avec un outil que l’État rend moins cher. Trois atouts, une contrepartie.

Relu par Hugo Le Potier le 21 octobre 2026 · Prochaine révision prévue le · Notre méthode éditoriale

Vous avez déjà vu passer la phrase sur une fiche de paie, dans un courrier de banque ou dans la bouche d’un collègue : « ouvre un PER, c’est déductible ». Derrière ce réflexe se cache un vrai choix, que peu de gens formulent ainsi : préparer soi-même la part de retraite que le régime légal ne couvrira pas, avec un outil que l’État rend moins cher par l’impôt. Ce guide remonte le fil, de la loi Madelin au plan d’épargne retraite, et pose ses trois atouts : la défiscalisation, la capitalisation, et une déduction plus large encore pour les indépendants.Source 1

L’épisode précédent a montré un système qui tient, mais dont les pensions décrochent lentement du revenu des actifs. Face à ce décrochage, vous avez deux attitudes possibles : le subir, ou combler l’écart vous-même. Le PER a été construit, étape par étape depuis trente ans, pour rendre la seconde accessible.Source 2

Trente ans pour construire l’outil

La répartition finance les pensions d’aujourd’hui avec les cotisations d’aujourd’hui. Quand le rapport entre cotisants et retraités se dégrade, l’État peut durcir le régime obligatoire, ce que font les réformes depuis 1982, ou aider chacun à se constituer un complément. Cette seconde voie a commencé par les fonctionnaires, en 1967, puis par les indépendants, avec Madelin en 1994 : c’est là que naît la déduction fiscale à l’entrée.Source 2

01TRENTE ANS DE DISPOSITIFS

De Préfon au PER : quatre étapes

Chaque dispositif a ouvert l’épargne retraite à un public plus large, avec le même levier : une déduction fiscale à l’entrée.

Un public à la fois, puis tout le monde

D’un public à l’autre
1967
1967 · Préfon

Un complément de retraite réservé aux fonctionnaires. L’épargne supplémentaire précède de loin le PER.

puis
1994
1994 · Madelin

La loi du 11 février 1994 permet aux entrepreneurs individuels de déduire les cotisations d’un contrat de retraite supplémentaire.

puis
2003
2003 · PERP et PERCO

La réforme du 21 août 2003 ouvre une voie individuelle à tous, le PERP, et une voie collective dans l’entreprise, le PERCO.

puis
2019
2019 · PER

La loi Pacte unifie les anciens produits : PER commercialisable dès le 1er octobre 2019, anciens dispositifs fermés à la commercialisation le 1er octobre 2020, contrats existants conservés.

À retenir

Fonctionnaires, puis indépendants, puis salariés et particuliers : l’épargne retraite s’est construite public par public, avant d’être unifiée en 2019.

Les sources de ce schéma
Jalons pour se repérer, pas une histoire exhaustive. Le PER individuel succède au PERP et au Madelin, le PER d’entreprise collectif au PERCO, le PER obligatoire aux contrats dits « article 83 ».

En 2003, le PERP et le PERCO ouvrent la logique à tout le monde ; en 2019, la loi Pacte fusionne ces produits en un seul cadre, le PER, en trois versions : ouvert par vous, par votre entreprise pour tous, ou à titre obligatoire. Le principe, lui, n’a pas changé depuis Madelin : vous épargnez longtemps, l’État réduit la facture fiscale.Source 2, Source 3

Pourquoi l’État paie-t-il, en impôt renoncé, pour que vous épargniez ? Les motivations de la réforme de 2019 sont écrites noir sur blanc : des compléments de retraite qui soulagent la répartition, et une épargne longue qui finance les entreprises. La déduction n’est pas un cadeau, c’est un contrat : vous immobilisez votre argent jusqu’à la retraite, l’État en réduit le coût. Tout l’intérêt est de savoir ce que ce contrat vous rapporte.Source 1

Premier atout : votre impôt baisse aujourd’hui, et moins demain

La déduction fonctionne comme une avance d’impôt : vous déduisez le versement de votre revenu imposable l’année où vous versez, et le capital correspondant est imposé quand vous le récupérez, à la retraite. L’avantage net se joue entre vos deux taux. Or ces deux taux ne sont presque jamais les mêmes, et c’est là que le PER prend tout son sens : à la retraite, votre revenu baisse. Le Conseil d’orientation des retraites mesure une pension moyenne à 54,6 % du revenu d’activité moyen en 2025, et projette 45,3 % en 2070. Un actif imposé dans la tranche à 30 % se retrouve très souvent retraité dans la tranche à 11 %, voire non imposable. La déduction est alors prise à 30 % et remboursée à 11 %.Source 4, Source 5

Nadia, 45 ans, kinésithérapeute libérale à Dinan, profil fictif. Elle met 400 € par mois sur un PER individuel, 4 800 € sur l’année, à peu près le plancher de déduction de 2026, et elle les déduit. Sa tranche marginale est de 30 %. L’économie d’impôt se lit directement sur la somme investie : l’État finance 30 % de son effort.Source 6, Source 7

À L’ÉCHELLE D’UN BUDGET

Ce que Nadia économise d’impôt, pour 400 € par mois

4 800 € versés sur l’année × 30 % de tranche marginale
1 440 € d’impôt en moins, soit 120 € par mois
Pour 4 800 € investis sur son PER, Nadia ne décaisse réellement que 3 360 € : l’impôt qu’elle ne paie pas finance le reste. Cette économie est immédiate, visible sur l’avis d’imposition de l’année suivante.
LES DONNÉES

La même somme investie, selon votre tranche d’imposition

Économie d’impôt l’année du versement, pour 4 800 € déduits. Plus votre tranche est élevée, plus l’État finance votre épargne retraite.

Tranche marginale aujourd’hui et Économie d’impôt, en € d’impôt en moins pour 4 800 € versés : 11 %, 528 € ; 30 %, le cas de Nadia, 1 440 € ; 41 %, 1 968 €.

Voir les données du graphique
Données du graphique — € d’impôt en moins pour 4 800 € versés
Tranche marginale aujourd’huiÉconomie d’impôt
11 %528 €
30 %, le cas de Nadia1 440 €
41 %1 968 €
À 11 %, l’avantage est faible et la non-déduction, possible sur option au moment du versement, mérite d’être étudiée. À 30 % et au-delà, la déduction change l’échelle de l’effort.Source : BOFiP · cotisations d’épargne retraite déductibles, 10 août 2026
À L’ÉCHELLE D’UN BUDGET

D’ici l’âge légal : dix-neuf années d’économie d’impôt

1 440 € par an × 19 ans, de 45 à 64 ans, à revenus et plafond constants
27 360 € d’impôt économisés pour 91 200 € placés
Nadia aura placé 91 200 € sur son PER en n’en décaissant réellement que 63 840 €. Hypothèse simplifiée : même tranche et même plafond chaque année, sans compter les reliquats des années précédentes ni le rendement du placement.

Et à la sortie ? Le capital issu des versements déduits est imposé à ce moment-là, à la tranche de Nadia retraitée, pas à celle d’aujourd’hui. Avec une pension qui remplace une partie seulement de ses revenus, elle sera le plus souvent imposée à 11 %, parfois pas du tout : sur 91 200 € de capital, cela représente environ 10 000 € d’impôt à 11 %, à rapprocher des 27 360 € économisés en amont, et étalés sur des années de retraite si elle sort en plusieurs fois. L’avantage net vient de l’écart entre les deux taux et du temps qui sépare les deux moments. Si son taux restait à 30 %, elle rendrait l’équivalent de ce qu’elle a économisé, et il lui resterait le report ; si elle devait être plus imposée à la retraite qu’aujourd’hui, cas rare, la non-déduction aurait été préférable. Depuis 2026, les versements effectués à partir du 70e anniversaire ne bénéficient plus de ces avantages.Source 4, Source 5, Source 8

Le plafond se rattrape sur plusieurs années

Ce que vous pouvez déduire chaque année est plafonné : 10 % de vos revenus d’activité de l’année précédente, au minimum 4 710 € et au maximum 37 680 € en 2026. Mais ce plafond ne se perd pas si vous ne l’utilisez pas. La part non consommée des trois années précédentes s’ajoute à celui de l’année ; et pour les plafonds constatés à partir de 2026, la loi de finances pour 2026 porte ce report à cinq ans, atteint progressivement d’ici 2031. Dans un couple imposé en commun, les deux plafonds peuvent en outre être mutualisés.Source 7, Source 9, Source 10

Concrètement, vous n’avez rien à calculer : le montant disponible figure chaque année sur votre avis d’impôt sur le revenu, dans l’encadré « Plafond épargne retraite », que vous déteniez déjà un PER ou non. Nadia n’a jamais versé : en 2026, elle dispose de son plafond de l’année et des reliquats de 2023, 2024 et 2025. Une bonne année de bénéfice, elle peut donc déduire bien plus que 4 800 €, et c’est souvent là que le PER devient intéressant pour un indépendant dont les revenus varient.Source 9, Source 10

Deuxième atout : l’argent travaille avant d’être imposé

Le second moteur est moins visible que la ligne d’impôt, et plus puissant sur la durée. Sur un PER, c’est la totalité des 400 € mensuels qui est investie, pas les 280 € que coûte réellement le versement. Ces 4 800 € par an sont placés sur des supports choisis selon votre horizon, et leurs gains se capitalisent sans être imposés chaque année : l’impôt ne vient qu’à la sortie. Plus l’horizon est long, plus cet effet compte. C’est exactement ce que cherchait la loi Pacte en 2019 : de l’épargne longue, investie dans l’économie, qui vienne compléter des pensions par répartition sous tension.Source 1, Source 5

À L’ÉCHELLE D’UN BUDGET

Vingt ans de versements, à titre d’illustration

400 € par mois pendant 20 ans, hypothèse de rendement de 3 % par an net de frais
environ 129 000 € pour 96 000 € versés
Nous retenons 3 %, le niveau de l’inflation, dans toutes nos études : nous ne sommes pas là pour vendre du rêve. Hypothèse pédagogique, pas une promesse : un PER investi en unités de compte peut perdre de la valeur, et la gestion pilotée ne garantit ni le capital ni la performance. Les gains sont imposés à la sortie, par défaut à 31,4 % en 2026.

Faites-vous une idée avec vos propres chiffres : notre simulateur d’épargne vous montre ce que votre effort mensuel représente dans dix, quinze ou vingt ans, à l’hypothèse que vous choisissez.Source 11

Troisième atout : pour les indépendants, une déduction sur le bénéfice

C’est l’héritage direct de la loi Madelin de 1994, et il est conservé dans le PER. Un entrepreneur individuel, un artisan, un commerçant, un professionnel libéral peut déduire ses versements non pas de son revenu global, mais de son bénéfice imposable, comme une charge de l’entreprise, avec un plafond plus généreux : 10 % du bénéfice dans la limite de huit plafonds annuels de la Sécurité sociale, plus 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre un et huit plafonds. Pour un salarié, le plafond est de 10 % des revenus, au maximum 37 680 € en 2026, au minimum 4 710 €.Source 2, Source 7, Source 12

Reprenons Nadia avec un bénéfice de 60 000 €. En salariée, elle pourrait déduire 6 000 €. En libérale, elle peut déduire 6 000 € plus 15 % des 12 900 € qui dépassent le premier plafond, soit 7 935 €. Et comme elle cotise déjà à un régime obligatoire qui remplace mal ses revenus, le PER est pour elle à la fois une réduction d’impôt et une retraite par capitalisation qu’elle se construit elle-même. Un seul garde-fou : le même versement ne se déduit qu’une fois, du bénéfice ou du revenu global, jamais des deux.Source 6, Source 12, Source 13

La contrepartie : un argent qui ne bouge plus

Ce contrat a un prix, et il faut le dire avant de signer : l’argent est bloqué jusqu’à la retraite, hors motifs limitatifs prévus par la loi, dont l’achat de votre résidence principale, certains accidents de la vie et, depuis le 14 juin 2026, l’affection grave d’un enfant à charge. C’est précisément parce que l’épargne est immobilisée que l’État la subventionne. Un PER n’est donc pas une réserve de précaution ; il vient après elle. Depuis 2026, les versements effectués à partir du 70e anniversaire ne bénéficient plus des avantages fiscaux, et le capital issu de versements déduits est imposé au barème sans l’abattement de 10 % des pensions.Source 5, Source 8, Source 14

Ce que nous retenons

Nous proposons le PER parce qu’il répond, mieux que tout autre support, au problème posé la semaine dernière : une pension légale qui couvrira une part décroissante de vos besoins. Il le fait avec trois leviers qui se cumulent, l’avance d’impôt prise à votre taux d’actif et rendue à votre taux de retraité, la capitalisation de la totalité des versements pendant quinze ou vingt ans, et, pour les indépendants, une déduction sur le bénéfice héritée de Madelin. Notre travail est de calibrer ces leviers à votre situation : le bon montant par rapport à votre plafond et à votre tranche, les bons supports pour votre horizon, et une sortie préparée. Ce qui nous ferait changer d’avis pour une personne donnée : une réserve de précaution incomplète, un besoin de liquidité avant la retraite, ou un taux d’imposition qui ne baissera pas.Source 5, Source 11

Ce que le chiffre ne dit pas

  • Le gain net de la déduction dépend de votre taux à la retraite ; il est favorable dans la grande majorité des cas, mais pas dans tous.
  • L’illustration à 4 % par an est une hypothèse : un PER investi peut perdre de la valeur, et la gestion pilotée ne garantit ni le capital ni la performance.
  • Les plafonds cités sont ceux de 2026 ; le vôtre dépend de vos revenus, de votre statut et des reliquats des années précédentes.
  • Ce guide explique pourquoi le PER existe et ce qu’il apporte ; comment il fonctionne et comment il protège, c’est l’épisode de mercredi prochain.

Et la suite ? Mercredi 28 octobre, comment fonctionne un PER

Maintenant que le « pourquoi » est posé, le prochain épisode de notre dossier « Comprendre la retraite » ouvre le capot : versements, compartiments, gestion pilotée, sorties en capital ou en rente, transferts. D’ici là, notre simulateur d’épargne vous donne un ordre de grandeur de ce qu’un versement régulier représente dans le temps, et notre page sur la retraite explique comment nous partons de vos droits réels.Source 3

Vos questions

Pourquoi les versements sur un PER sont‑ils déductibles des impôts ?

Parce que l’État veut que chacun se constitue un complément de retraite par capitalisation et que cette épargne finance l’économie sur le long terme : ce sont les objectifs déclarés de la réforme de 2019, dans la continuité de Madelin en 1994 et du PERP en 2003. En échange, l’argent est bloqué jusqu’à la retraite et le capital déduit est imposé à la sortie.

La déduction du PER est‑elle vraiment avantageuse ?

Pour une personne imposée à 30 % ou 41 %, oui : l’État finance 30 % ou 41 % de chaque versement, immédiatement. À la retraite, le capital est imposé à la tranche de retraité, le plus souvent 11 % ou rien, parce que la pension remplace une partie seulement des revenus. Le cas défavorable existe, un taux plus élevé à la retraite ; il se repère à l’avance et peut conduire à renoncer à la déduction sur option.

Un indépendant peut‑il déduire son PER de son bénéfice ?

Oui. Un entrepreneur individuel, un artisan, un commerçant ou un libéral déduit ses versements de son bénéfice imposable, dans un plafond propre : 10 % du bénéfice dans la limite de huit plafonds de la Sécurité sociale, plus 15 % de la fraction comprise entre un et huit plafonds. Le même versement ne se déduit qu’une fois, du bénéfice ou du revenu global.

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