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Le décryptage économiqueÉconomie

Pourquoi le plein coûte-t-il si cher ?

Le pétrole donne une partie de la réponse. Pour comprendre la hausse du gazole et de l’essence, il faut aussi regarder ce qui se passe entre le baril et la pompe.

UN MÊME PLEIN50 litres

Les litres n’ont pas changé.
L’addition, oui.

Du 27 février 2026
au 25 septembre 2026

Gazole+33,5 €
février85,05 €
septembre118,53 €
SP95-E10+21,7 €
février85,40 €
septembre107,12 €
Prix moyens nationaux TTC × 50 litres. Montants arrondis ; les prix varient selon les stations.DGEC · prix des carburants ↗
Relecture et méthode éditoriale

Relu par Hugo Le Potier le 5 octobre 2026 · Notre méthode éditoriale ↗

Le trajet est le même. Le réservoir aussi. Pourtant, le montant à payer a changé. Pour celles et ceux qui prennent leur voiture pour travailler, accompagner un proche ou simplement se déplacer, cette hausse trouve vite sa place dans le budget. Sans y avoir été invitée.

Entre le 27 février et le 25 septembre 2026, remplir un réservoir de 50 litres coûte environ 33,5 € de plus en gazole et 21,7 € de plus en SP95-E10, aux prix moyens nationaux. Février est ici un point de repère précis : le dernier relevé avant la forte hausse de mars. Ce ne sont ni les prix d’une station particulière, ni une comparaison avec le point le plus bas de l’année.

Le pétrole a augmenté. C’est une première explication, mais elle laisse une question entière : pourquoi deux carburants issus du même pétrole ne suivent-ils pas la même trajectoire ? Pour le comprendre, il faut suivre le prix au-delà du baril.

Le premier choc se joue loin de la station

Dans son analyse du 31 juillet 2026, la Banque centrale européenne décrit la flambée du pétrole après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient : le Brent atteint 138 dollars le baril au début d’avril, presque deux fois son niveau de fin février. Les perturbations touchent également les exportations de produits déjà raffinés, notamment avec la fermeture du détroit d’Ormuz.

Le problème porte donc aussi sur le carburant utilisable. Il faut transformer le brut, puis acheminer le produit jusqu’aux stations. Quand ces étapes sont perturbées, leur prix peut augmenter indépendamment de celui de la matière première.

Le tableau de bord d’IFP Énergies nouvelles apporte un repère concret : en juin 2026, 12 % des capacités mondiales de raffinage étaient à l’arrêt. D’autres unités fonctionnaient à régime réduit, notamment au Moyen-Orient et en Chine. L’organisme relie les tensions sur les carburants au conflit et aux contraintes de production. Cela aide à comprendre pourquoi suivre le seul cours du baril laisse une partie de la hausse hors champ.

Pourquoi le gazole a-t-il davantage augmenté ?

Le gazole et l’essence sortent des raffineries, mais chacun a son marché. Leur disponibilité, leur demande et les contraintes de fabrication peuvent évoluer différemment. Dans l’épisode étudié par la BCE, les coûts et marges brutes du raffinage ont davantage pesé sur le gazole. « Marge brute » désigne ici un écart de prix qui couvre aussi des coûts ; ce n’est pas le bénéfice net d’une entreprise.

01 / LA HAUSSE EN PERSPECTIVE

Deux carburants, deux trajectoires

Prix moyens mensuels à la pompe, en France. Le gazole se détache nettement de l’essence à partir de mars 2026.

€/L TTC
1,401,601,802,002,202,40janv. 25avr.juil.oct.janv. 26avr.sept. 26
Gazole · septembre 20262,326 €/L TTC
Essence SP95-E10 · septembre 20262,122 €/L TTC
septembre 2026
Voir les 21 valeurs mensuelles
Deux carburants, deux trajectoires — €/L TTC
MoisGazoleEssence SP95-E10
janvier 20251,70011,7624
février 20251,69241,7531
mars 20251,63491,6998
avril 20251,57151,6756
mai 20251,54591,6605
juin 20251,59651,6834
juillet 20251,62791,6694
août 20251,59901,6744
septembre 20251,60671,6863
octobre 20251,60061,6725
novembre 20251,67351,6961
décembre 20251,58081,6470
janvier 20261,63441,6738
février 20261,67251,6865
mars 20262,06691,8930
avril 20262,23891,9836
mai 20262,12102,0289
juin 20261,94221,9225
juillet 20262,05231,9634
août 20262,20202,0041
septembre 20262,32552,1224
Moyennes mensuelles nationales TTC, de janvier 2025 à septembre 2026. Septembre inclut les quatre relevés disponibles jusqu’au 25. L’axe vertical commence à 1,40 €/L ; les valeurs exactes sont disponibles ci-dessous.Source : DGEC · série mensuelle ↗

En février, les moyennes françaises du gazole et du SP95-E10 étaient encore proches. Le graphique montre ensuite le décrochage du gazole, un repli en juin, puis une nouvelle hausse. Il décrit ce qui a été payé à la pompe ; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer chaque centime à un acteur de la chaîne.

Ce point compte pour lire les nouvelles économiques : une détente sur le pétrole peut coexister avec un carburant encore cher si le marché du produit raffiné reste sous tension. Le montant du prochain plein ne se déduit donc pas d’une seule cotation.

Et les taxes, dans tout cela ?

Elles occupent une place importante dans le prix du litre. Il faut toutefois distinguer leur poids dans le prix et leur rôle dans son évolution. L’accise est un prélèvement fixé par litre. La TVA, calculée en proportion, augmente en montant quand sa base augmente, même si son taux reste identique.

02 / DANS UN LITRE

Le prix affiché, en deux parties

Prix moyens en France au 25 septembre 2026. Une même échelle, en euros par litre, pour comparer les deux carburants.

Hors taxesEnsemble des taxes
Gazole2,3706 € / L TTC

Hors taxes : 1,3680 € par litre. Ensemble des taxes : 1,0026 € par litre.

SP95-E102,1424 € / L TTC

Hors taxes : 1,1151 € par litre. Ensemble des taxes : 1,0273 € par litre.

Que contient le prix hors taxes ?

Le pétrole, sa transformation en carburant, le transport et la distribution, avec leurs coûts et leurs marges brutes. Ce montant ne mesure pas un bénéfice net.

Hors taxes : relevés DGEC. Ensemble des taxes : prix TTC moins prix hors toutes taxes. Barres proportionnelles depuis zéro ; segments arrondis à 0,001 €. Cette décomposition ne sépare pas les coûts du pétrole, du raffinage et de la distribution.DGEC · prix des carburants · 25 septembre 2026 ↗

Au 25 septembre, le gazole coûte environ 23 centimes de plus par litre que le SP95-E10. Avant toutes taxes, l’écart est d’environ 25 centimes. Les taxes réduisent donc légèrement cet écart entre les deux carburants à cette date. Elles ne l’expliquent pas. Ce constat ne signifie pas qu’elles sont sans effet sur le montant de chaque plein.

Il reste aussi le taux de change : le pétrole est coté en dollars. Un même cours en dollars peut revenir plus ou moins cher en euros. Le prix final rassemble ainsi plusieurs mouvements, dont certains peuvent se compenser. C’est ce qui rend les explications en une phrase si souvent insuffisantes.

Une baisse du baril, un petit répit à la pompe

Entre les semaines des 18 et 25 septembre, le Brent recule de 107,31 à 103,01 euros le baril dans les relevés de la DGEC. Le gazole baisse lui aussi, de 2,3834 à 2,3706 euros le litre. Pour 50 litres, cela représente 64 centimes de moins. Une baisse réelle, mais bien trop petite pour effacer la hausse accumulée depuis février.

Le sentiment de ne pas retrouver la baisse annoncée sur son ticket est compréhensible. Pour examiner un éventuel décalage, il faut comparer les mêmes périodes, regarder le produit raffiné et laisser le temps aux prix de se transmettre. Les travaux de la Banque de France sur les stations françaises situent l’essentiel de cette transmission sur plusieurs jours ouvrés. Une seule semaine ne suffit pas à conclure à un blocage des baisses.

À suivre, donc : le prix du brut en euros, celui du carburant raffiné, puis les prix à la pompe sur plusieurs semaines. Ces repères permettent de comprendre une évolution. Ils ne donnent pas la date du prochain plein moins cher.

Ce que cette hausse prend dans un budget

On ne supprime pas toujours un trajet parce qu’il coûte davantage. Et deux foyers n’absorbent pas de la même façon vingt, trente ou soixante euros supplémentaires. Avant de parler d’arbitrages, la première étape est de reconnaître cette contrainte et de lui donner un montant adapté à son usage.

03 / À VOTRE ÉCHELLE

Combien pour vos trajets ?

Choisissez un carburant et un volume mensuel. Le calcul compare les prix des 27 février et 25 septembre 2026, à consommation identique.

100 litres
Pour le même volume+67,0 €sur un mois, par rapport au prix du 27 février 2026
Au prix du 25 septembre 2026237,06 € / mois
Calcul indicatif : volume × différence entre les deux prix moyens nationaux TTC. Le résultat utilise les prix non arrondis. Le volume de départ de 100 L est une hypothèse modifiable. Ce calcul ne prévoit ni les prix futurs ni vos dépenses réelles ; aucune donnée n’est envoyée.DGEC · prix des carburants ↗

Ce montant peut aider à actualiser un budget : ce qui reste disponible pour les dépenses courantes, une réserve ou un projet. Quand la marge est étroite, il ne fait pas apparaître une solution par magie. Il permet au moins de partir de la dépense réelle, plutôt que d’une ancienne estimation devenue trop basse.

Comprendre la hausse ne la rend pas plus facile à payer. Mais cela permet de regarder ce qui pèse réellement, sans se laisser balloter par chaque annonce sur le pétrole. Et de poser une question plus proche de sa vie : avec ce qui reste aujourd’hui, qu’est-ce que je souhaite préserver en priorité ?

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