Le trajet est le même. Le réservoir aussi. Pourtant, le montant à payer a changé. Pour celles et ceux qui prennent leur voiture pour travailler, accompagner un proche ou simplement se déplacer, cette hausse trouve vite sa place dans le budget. Sans y avoir été invitée.
Entre le 27 février et le 25 septembre 2026, remplir un réservoir de 50 litres coûte environ 33,5 € de plus en gazole et 21,7 € de plus en SP95-E10, aux prix moyens nationaux. Février est ici un point de repère précis : le dernier relevé avant la forte hausse de mars. Ce ne sont ni les prix d’une station particulière, ni une comparaison avec le point le plus bas de l’année.
Le pétrole a augmenté. C’est une première explication, mais elle laisse une question entière : pourquoi deux carburants issus du même pétrole ne suivent-ils pas la même trajectoire ? Pour le comprendre, il faut suivre le prix au-delà du baril.
Le premier choc se joue loin de la station
Dans son analyse du 31 juillet 2026, la Banque centrale européenne décrit la flambée du pétrole après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient : le Brent atteint 138 dollars le baril au début d’avril, presque deux fois son niveau de fin février. Les perturbations touchent également les exportations de produits déjà raffinés, notamment avec la fermeture du détroit d’Ormuz.
Le problème porte donc aussi sur le carburant utilisable. Il faut transformer le brut, puis acheminer le produit jusqu’aux stations. Quand ces étapes sont perturbées, leur prix peut augmenter indépendamment de celui de la matière première.
Le tableau de bord d’IFP Énergies nouvelles apporte un repère concret : en juin 2026, 12 % des capacités mondiales de raffinage étaient à l’arrêt. D’autres unités fonctionnaient à régime réduit, notamment au Moyen-Orient et en Chine. L’organisme relie les tensions sur les carburants au conflit et aux contraintes de production. Cela aide à comprendre pourquoi suivre le seul cours du baril laisse une partie de la hausse hors champ.
Pourquoi le gazole a-t-il davantage augmenté ?
Le gazole et l’essence sortent des raffineries, mais chacun a son marché. Leur disponibilité, leur demande et les contraintes de fabrication peuvent évoluer différemment. Dans l’épisode étudié par la BCE, les coûts et marges brutes du raffinage ont davantage pesé sur le gazole. « Marge brute » désigne ici un écart de prix qui couvre aussi des coûts ; ce n’est pas le bénéfice net d’une entreprise.
Deux carburants, deux trajectoires
Prix moyens mensuels à la pompe, en France. Le gazole se détache nettement de l’essence à partir de mars 2026.
Voir les 21 valeurs mensuelles
| Mois | Gazole | Essence SP95-E10 |
|---|---|---|
| janvier 2025 | 1,7001 | 1,7624 |
| février 2025 | 1,6924 | 1,7531 |
| mars 2025 | 1,6349 | 1,6998 |
| avril 2025 | 1,5715 | 1,6756 |
| mai 2025 | 1,5459 | 1,6605 |
| juin 2025 | 1,5965 | 1,6834 |
| juillet 2025 | 1,6279 | 1,6694 |
| août 2025 | 1,5990 | 1,6744 |
| septembre 2025 | 1,6067 | 1,6863 |
| octobre 2025 | 1,6006 | 1,6725 |
| novembre 2025 | 1,6735 | 1,6961 |
| décembre 2025 | 1,5808 | 1,6470 |
| janvier 2026 | 1,6344 | 1,6738 |
| février 2026 | 1,6725 | 1,6865 |
| mars 2026 | 2,0669 | 1,8930 |
| avril 2026 | 2,2389 | 1,9836 |
| mai 2026 | 2,1210 | 2,0289 |
| juin 2026 | 1,9422 | 1,9225 |
| juillet 2026 | 2,0523 | 1,9634 |
| août 2026 | 2,2020 | 2,0041 |
| septembre 2026 | 2,3255 | 2,1224 |
En février, les moyennes françaises du gazole et du SP95-E10 étaient encore proches. Le graphique montre ensuite le décrochage du gazole, un repli en juin, puis une nouvelle hausse. Il décrit ce qui a été payé à la pompe ; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer chaque centime à un acteur de la chaîne.
Ce point compte pour lire les nouvelles économiques : une détente sur le pétrole peut coexister avec un carburant encore cher si le marché du produit raffiné reste sous tension. Le montant du prochain plein ne se déduit donc pas d’une seule cotation.
Et les taxes, dans tout cela ?
Elles occupent une place importante dans le prix du litre. Il faut toutefois distinguer leur poids dans le prix et leur rôle dans son évolution. L’accise est un prélèvement fixé par litre. La TVA, calculée en proportion, augmente en montant quand sa base augmente, même si son taux reste identique.
Le prix affiché, en deux parties
Prix moyens en France au 25 septembre 2026. Une même échelle, en euros par litre, pour comparer les deux carburants.
Hors taxes : 1,3680 € par litre. Ensemble des taxes : 1,0026 € par litre.
Hors taxes : 1,1151 € par litre. Ensemble des taxes : 1,0273 € par litre.
Le pétrole, sa transformation en carburant, le transport et la distribution, avec leurs coûts et leurs marges brutes. Ce montant ne mesure pas un bénéfice net.
Au 25 septembre, le gazole coûte environ 23 centimes de plus par litre que le SP95-E10. Avant toutes taxes, l’écart est d’environ 25 centimes. Les taxes réduisent donc légèrement cet écart entre les deux carburants à cette date. Elles ne l’expliquent pas. Ce constat ne signifie pas qu’elles sont sans effet sur le montant de chaque plein.
Il reste aussi le taux de change : le pétrole est coté en dollars. Un même cours en dollars peut revenir plus ou moins cher en euros. Le prix final rassemble ainsi plusieurs mouvements, dont certains peuvent se compenser. C’est ce qui rend les explications en une phrase si souvent insuffisantes.
Une baisse du baril, un petit répit à la pompe
Entre les semaines des 18 et 25 septembre, le Brent recule de 107,31 à 103,01 euros le baril dans les relevés de la DGEC. Le gazole baisse lui aussi, de 2,3834 à 2,3706 euros le litre. Pour 50 litres, cela représente 64 centimes de moins. Une baisse réelle, mais bien trop petite pour effacer la hausse accumulée depuis février.
Le sentiment de ne pas retrouver la baisse annoncée sur son ticket est compréhensible. Pour examiner un éventuel décalage, il faut comparer les mêmes périodes, regarder le produit raffiné et laisser le temps aux prix de se transmettre. Les travaux de la Banque de France sur les stations françaises situent l’essentiel de cette transmission sur plusieurs jours ouvrés. Une seule semaine ne suffit pas à conclure à un blocage des baisses.
À suivre, donc : le prix du brut en euros, celui du carburant raffiné, puis les prix à la pompe sur plusieurs semaines. Ces repères permettent de comprendre une évolution. Ils ne donnent pas la date du prochain plein moins cher.
Ce que cette hausse prend dans un budget
On ne supprime pas toujours un trajet parce qu’il coûte davantage. Et deux foyers n’absorbent pas de la même façon vingt, trente ou soixante euros supplémentaires. Avant de parler d’arbitrages, la première étape est de reconnaître cette contrainte et de lui donner un montant adapté à son usage.
Combien pour vos trajets ?
Choisissez un carburant et un volume mensuel. Le calcul compare les prix des 27 février et 25 septembre 2026, à consommation identique.
Ce montant peut aider à actualiser un budget : ce qui reste disponible pour les dépenses courantes, une réserve ou un projet. Quand la marge est étroite, il ne fait pas apparaître une solution par magie. Il permet au moins de partir de la dépense réelle, plutôt que d’une ancienne estimation devenue trop basse.
Comprendre la hausse ne la rend pas plus facile à payer. Mais cela permet de regarder ce qui pèse réellement, sans se laisser balloter par chaque annonce sur le pétrole. Et de poser une question plus proche de sa vie : avec ce qui reste aujourd’hui, qu’est-ce que je souhaite préserver en priorité ?
Consulter les 5 références de l’article
- DGEC — Prix hebdomadaires et mensuels des carburants depuis janvier 2020 (tableur ; données utilisées jusqu’au 25 septembre 2026) ↗
- DGEC — Cours, prix et marges des produits pétroliers, 25 septembre 2026 (p. 2, 5 et 6) ↗
- Banque centrale européenne — From well to pump: how fuel prices are formed, 31 juillet 2026 (en anglais ; analyse de la zone euro) ↗
- IFP Énergies nouvelles — Tableau de bord transport, 2e trimestre 2026 ↗
- Banque de France — Quelle transmission des prix du pétrole aux prix des carburants ? (étude publiée en 2021) ↗